HOME VITA OPERE CASA BIAMONTI BIBLIOGRAFIA CRITICA SPAZIO APERTO ALBUM EVENTI ASSOCIAZIONE
ITALIANA STRANIERA

 

Francesco Biamonti, écrivain de la lueur

Les livres de Francesco Biamonti sont des livres nocturnes. Les mots de l'auteur italien se posent doucement comme ces brumes échappées du crépuscule qui, touchées par les premiers rayons de lune, tardent au pied des murets de pierres blanches et crochent aux souches des oliviers les jours de fortes chaleurs. Il faut, là, marcher aux sons, l'oreille aux aguets, car Biamonti éclaire l'âme. Cette dernière, c'est bien connu, plane lorsque le soleil a disparu, et les phrases, alors, tintent d'une douleur fugitive et sonnent aux pas des existences en chemin. En effet, l'harmonie a disparu. Sur cette terre de Ligurie où l'écrivain depuis toujours assoit ses livres, une terre de caillasses et d'épineux, bordée par la Méditerranée, épaulée par la montagne, les hommes, autrefois, passaient.

Croisée d'histoires, de langues, de peuples, sur le calcaire les genévriers se plaisaient à cacher les frontières, les racines se mêlaient. Aujourd'hui, des hommes, des femmes, des enfants marchent la nuit. Ils portent leur vie au creux de petits sacs. D'autres, venus d'ailleurs, volent et tuent ces fuyards aux fesses bottées par la misère, les guerres et le malheur. Au matin, des taches de sang marquent la pierraille et les ronces brandissent des lambeaux de souffrance. Lui, le narrateur, témoin gênant, sait le danger d'habiter sur ces lieux où, passé minuit, les lames d'acier brillent autant que les étoiles. Il y a peu, une balle lui a traversé la jambe. Désormais, il boite et charge son fusil avant de sortir. Léonardo, l'homme blessé, cherche celui qui a voulu l'éliminer, mais la pénombre étouffe les voix.

Quelques amis croisent les pas de Léonardo, mais ils sont comme effleurés, même l'amour de Véronique semble irréel. Une seule constance, un seul jardin de connivence, le regret d'une vie passée, le remords d'un temps enfui trop vite e, la sensation d'une violente impuissance face à un univers qui échappe. L'éternité est d'un autre temps. L'ancien soldat, le peintre, un vieil ami qui taille les arbres, tous, sentinelle de mémoire veillent, désormais, sur un désert que seuls les barbares arpentent encore. Pourtant, face à cette nuitée annoncée, Francesco Biamonti écrit et refuse la vague froide de la désespérance. Nier la tristesse serait illusoire, la fin reste toujours écrite. Mais, si la langue peut, malgré tout, dire la beauté des femmes, le vert plombé des oliviers et la transparence d'un flacon de vin blanc sur la table un soir d'été, c'est que le cour, encore, bat. Et c'est irriguée par ce battement nocturne que la lumière de Francesco Biamonti creuse notre nuit.

Fabrice Lanfranchi

da L'Humanité - 18 novembre 1999.

Francesco Biamonti, les Paroles de la nuit. Éd. Seuil, 220 pages, 120 francs. À souligner la superbe traduction de François Maspéro.